Le fil, le labyrinthe et quatre mille ateliers

Pourquoi trois personnes se sont mises à recenser les artisans d'art de France, un département après l'autre, avant même d'avoir un site à leur montrer.

Par Aurélien3 min de lecture
Un fil de coton ciré déroulé sur un établi de bois usé, à côté d'outils de potier
Un fil de coton ciré déroulé sur un établi de bois usé, à côté d'outils de potier

Dédale a construit le labyrinthe. C'est la partie de l'histoire que tout le monde retient. On oublie souvent la seconde : sans le fil d'Ariane, personne n'en serait jamais ressorti.

Nous avons choisi ce nom parce qu'il dit exactement les deux choses à la fois. L'artisanat d'art français est un labyrinthe — des milliers d'ateliers, dispersés, chacun avec sa porte, ses horaires, ses habitudes. Et ce qui manque, ce n'est pas un catalogue de plus. C'est un fil.

Le déclic tient en une recherche

Camille et Axelle fabriquent des luminaires. Des pièces en tissu tendu, montées à la main, dont chacune demande plusieurs jours. Elles ont un atelier, un savoir-faire, des clients qui reviennent.

Un soir, on a fait un test tout bête : chercher, sur internet, un créateur de luminaires dans leur département. Rien. Enfin — pas rien : des enseignes de décoration, trois places de marché internationales, une dizaine de sites de revente. Mais pas elles. Pas les ateliers d'à côté non plus.

Ce n'est pas une question de mérite ni de talent. C'est une question de surface. Un artisan qui passe ses journées à fabriquer ne passe pas ses soirées à optimiser son référencement, et il a bien raison. Le résultat, c'est qu'on trouve un plombier en trente secondes et un céramiste à vingt kilomètres jamais.

On peut faire les plus belles choses du monde : si personne ne sait que vous existez, vous n'existez pas commercialement.

Ce qu'on a décidé de faire, dans l'ordre

La tentation, quand on vient du web, c'est de construire tout de suite la boutique. Un beau site, un panier, un paiement, et on ouvre.

Nous avons fait le contraire, et c'est la décision dont je suis le plus content. Nous avons commencé par l'annuaire. Avant d'avoir quoi que ce soit à vendre, avant même d'avoir une page d'accueil présentable, nous nous sommes mis à recenser les ateliers. Un par un, département par département, en croisant les sources publiques, les répertoires de métiers, les données ouvertes.

Trois raisons à ça.

  • Une boutique vide ne sert à personne. Une place de marché sans vendeurs est un magasin fermé avec une vitrine éclairée.
  • L'annuaire est utile tout de suite, même à un artisan qui ne veut rien vendre en ligne. Il existe, il est trouvable, il a une adresse et une carte. C'est déjà beaucoup.
  • Ça nous a appris le terrain. On ne peut pas concevoir un outil pour des gens qu'on ne connaît pas. Quatre mille fiches, ça vous apprend des choses qu'aucune étude de marché ne dira.

Ce que Dédale est — et ce qu'il n'est pas

Dédale est un écosystème numérique de l'artisanat français. Concrètement, aujourd'hui, c'est trois choses.

Une carte, d'abord, qui recense les ateliers d'art et permet de les trouver par métier, par région, par ville. Elle est gratuite, pour tout le monde, et les artisans n'ont rien à faire pour y figurer.

Des fiches d'atelier, ensuite, qui vont bien au-delà d'un nom et d'un numéro. Le récit de l'atelier, les techniques, les pièces, les horaires, ce qu'on peut voir sur place. Une vraie page, tenue proprement, que l'artisan peut donner comme adresse.

Et une place de marché, enfin, pour ceux qui veulent vendre — et seulement pour ceux-là. Pas d'obligation, pas de forfait mensuel pour exister.

Ce que Dédale n'est pas : une plateforme de plus qui prend une commission sur du fait-main venu de l'autre bout du monde. Nous vérifions les ateliers. Le mot « artisan » a une définition légale en France, et nous nous y tenons.

Où nous en sommes

Quatre mille ateliers recensés, dont une grande partie géolocalisée. Une première fiche vitrine complète, construite avec une céramiste des Vosges, pour montrer à quoi ça peut ressembler quand on prend le temps. Un formulaire pour que les artisans nous rejoignent.

Et beaucoup de travail devant nous. Nous racontons tout ici, y compris ce qui rate — c'est l'objet de cette rubrique.

Le fil est posé. Il reste à le dérouler.

Aurélien

Cofondateur · web design

Vingt ans de métier, il construit l'outil qui porte Dédale.