
Martine Cassar : des figures, des bêtes, et beaucoup de feu
À Saint-Rémy, dans les Vosges, elle façonne le grès chamotté et pratique le raku depuis plus de vingt-cinq ans. Son jardin est plein de sculptures. Visite.

On entre chez Martine Cassar par le jardin, et c'est déjà une visite. Des silhouettes se tiennent debout entre les arbustes, une girafe dépasse d'une haie, un rhinocéros s'est couché près d'un muret. Rien n'est mis en scène. Les pièces vivent dehors, dans l'herbe et sous la pluie, et vieillissent en conséquence.
L'atelier est au bout. C'est une pièce claire, des tables, des étagères de bois où sèchent des formes qu'on n'identifie pas encore.

Vingt-cinq ans de terre
Martine Cassar est potière et sculptrice céramiste. Elle a ouvert son premier atelier à la fin des années 1990, et travaille depuis 2017 à Saint-Rémy, dans les Vosges.
Son travail est peuplé de figures. Des femmes, des enfants, et surtout des animaux — éléphants, girafes, rhinocéros, belettes, aigrettes. Certaines pièces tiennent dans la main. D'autres montent à deux mètres quarante.
Ce qui frappe, quand on regarde l'ensemble, c'est l'absence de joliesse. Ses bêtes ne sont pas décoratives. Elles ont des masses, des appuis, un poids. On sent l'animal avant de voir la sculpture.
Le grès, et ce qu'il exige
Elle façonne du grès chamotté, une terre à laquelle on a ajouté de la terre cuite broyée. La chamotte ouvre la pâte, limite le retrait, et permet de monter des volumes qui s'effondreraient autrement. C'est ce qui rend possible une figure de deux mètres.
La cuisson se fait entre 1200 et 1300 degrés. À cette température, le grès se vitrifie : il devient dense, imperméable, capable de rester dehors toute l'année sans que le gel le fasse éclater. C'est pour cela que le jardin peut exister.
Le prix à payer, c'est le temps. Séchage lent — plusieurs semaines pour les grandes pièces, sous plastique, sinon elles fendent. Première cuisson. Émaillage. Seconde cuisson. Une sculpture de belle taille représente des mois entre le premier colombin et la sortie du four.

Et puis le raku
À côté du grès, elle pratique le raku sous plusieurs formes : raku nu, raku au gaz, cuisson au bois.
Autant le grès demande de la patience, autant le raku demande du sang-froid. On sort les pièces du four en pleine incandescence, autour de mille degrés, pour les plonger dans un bac de matière combustible. Ce qui se passe dans les trois minutes suivantes échappe largement au céramiste.
Nous y avons consacré un article entier — Le raku : cuire, saisir, enfumer.

Chaque technique laisse sa trace sur la terre. C'est là que se joue une bonne part du résultat.
Le jardin comme atelier d'essai
Le jardin n'est pas qu'une vitrine. C'est aussi un banc d'essai grandeur nature : ce qui tient dehors tient. Les pièces y prennent des mousses, des traces d'eau, une patine que l'atelier ne donne pas.
C'est aussi la meilleure façon de comprendre son travail. Une sculpture posée dans l'herbe, à hauteur d'homme, ne se lit pas comme la même pièce sur une étagère de galerie.
Aller la voir
Martine Cassar accueille à l'atelier. C'est encore la meilleure manière de comprendre pourquoi une pièce coûte ce qu'elle coûte : voir le four, la terre, les pièces ratées dans un coin.
Sa fiche complète — les œuvres, les techniques, les horaires, la carte — est ici : À Fleur de Terre, Saint-Rémy.
Les photographies de cet article sont de Martine Cassar, publiées avec son accord.
Camille
Créatrice de luminaires, elle photographie les ateliers de Dédale.
On en parle dans cet article


Vendre en ligne quand on est artisan : ce que dit la loi
